«  J’aime les contes, parce qu’ils réveillent en moi la mémoire de la terre et les rêves du ciel.
Ils font frémir mon cœur que je sens alors battre au rythme des étoiles.
Ils apaisent mon esprit qui devient miroir du monde. 
Ils enchantent ma vie d’un souffle fleuri et joyeux. »

 

 

L’ARBRE DE LA BONTE

En ce temps là, le peuple de Mitla souffrait de la famine. Pour se nourrir, il n’y avait plus que la pierreet il léchait la pierre,  amère trop amère,râpeuse, trop râpeuse .

En ce temps là, vivaient Baltha , son épouse Magda et leurs enfants. Ne pouvant plus supporter de voir leurs enfants lécher la pierre, ils décidèrent de partir dans les hauteurs des grandes montagnes espérant y trouver une grotte dans laquelle s’installer, au seuil de laquelle pousseraient quelques herbes.

Au soir du premier jour, ils atteignirent l’entrée d’une caverne. Rien que de la pierre.  Pas une pousse. Pas un animal. Il y eut cette nuit et il y eut un nouveau jour. Courageux de tout le courage de leurs âmes, leurs maigres silhouettes  repartirent. Il y eut un nouveau jour égal au précédent.

Il y eut une nouvelle nuit.Et il y eut ainsi 6 jours où ils ne savaient plus eux-mêmes, quelle force leur permettait de mettre un pied devant l’autre.

Au soir de ce jour là, Baltha proposa à son épouse de  s’allonger auprès de leurs huit enfants. Lui-même quitterait la grotte et il ne fallait pas que Magda le regarde partir. Et il lui dit encore : «  Demain matin je serai aux portes de la grotte , les bras chargés de fruits charnus et juteux. Vous les mangerez et plus jamais vous la famine ne tenaillera vos ventres. » Il sortit.

Epuisés, femme et enfants s’endormirent.Au petit matin, les premières lueurs du jour réveillèrent Magda. Sans bruit, elle sortit de la caverne

Son regard chercha Balta....Et là, à l’orient de la grotte , elle vit un arbre somptueux :

Ses feuilles immenses protégeaient du soleil,

Ses fleurs de toute beauté parfumaient l’air,

Et ses branches telles de grands bras étaient chargés de fruits.

Des larmes roulaient à présent sur les joues de Magda : elle pleurait de tous les sanglots de son cœur, de tristesse ou de joie, elle ne savait pas....Déjà ses enfants s’approchaient d’elle et elle se souvint des paroles de Balta : « Demain matin, je serai aux portes de la grotte , les bras chargés de fruits charnus et juteux. Vous les mangerez et plus jamais vous ne souffrirez de faim. »Alors elle s’approcha de l’arbre, cueillit un fruit à la peau joliment rouge comme l’avait été autrefois les joues de Balta, lisse  comme la peau de Balta.... et elle le partagea puis le donna  à ses enfants. Et ils savourèrent joyeusement. Elle cueillit un second fruit. Les enfants étaient heureux de manger du si bon fruit. Ainsi se nourrirent-ils jour après jour.Personne ne sut très bien ce qui s’était passé cette nuit là ; jamais plus on ne vit Balta, et comme il l’avait dit, plus jamais son épouse ni  ses enfants , ni plus tard les enfants de leurs enfants ne souffrirent de faim car l’arbre merveilleux portait des feuilles, de fleurs et des fruits en toute saison.

Et le bruit s’était répandu que là haut, dans la haute montagne  poussait un arbre aux fruits délicieux. Et ils montèrent tous...Tous ils montèrent et chacun goûta du fruit de l’arbre de la bonté.Chacun s’en nourrit encore et encore. Puis un jour certains décidèrent de redescendre dans la vallée, emportant avec eux  de précieuses graines de l’arbre de la bonté. Chacun en mit en terre  et en prit grand soin.

C’est ainsi  que la bonté finit par se répandre.... sur la terre entière.

jmg

 

L’empereur et le sage

Ce jour-là, l’empereur se promenait dans son jardin merveilleux. Il s’y promenait avec son conseiller, un vieux sage, joliment rôdé par la vie. L’empereur buvait les silences et les paroles du sage. Ainsi, passa l’après-midi et le soir venu, l’empereur se coucha et s’endormit tranquillement.

Bientôt, des rêves l’envahirent. Rêves ? Cauchemars ? Il vit les animaux, les gens de son royaume s’affoler.

Sur ce, l’empereur s’éveilla et se rendit compte que son palais tremblait réellement, que les portes tombaient, que des murs s’écroulaient. La panique monta en lui et atteignit son comble lorsqu’il perçut, au-delà des grondements, des hurlements. Après un temps qui lui parut interminable, les secousses diminuèrent et il put enfin se lever. Il vit autour de lui gravats, débris, et dans les décombres des gisants, dont l’impératrice et ses enfants.

Il s’écroula et pleura toutes les larmes de son cœur. Aux larmes succéda la révolte. Pourquoi tout cela ? Pourquoi ces morts, ces estropiés ? Il se sentit désespéré et impuissant. Noyé dans sa tristesse, il sentit une main sur son épaule : c’était le sage qui, lui aussi, avait été épargné. Après un temps, l’empereur lui exprima sa révolte et son désespoir.

Le sage l’écouta…

Et ils marchèrent dans ce qui restait de la ville. De temps à autres, ils croisaient des gens, l’air hagard, le regard perdu, les vêtements poussiéreux. Plus l’empereur voyait cela, plus la révolte grandissait en lui. Après l’avoir exprimée encore et encore au sage, il lui dit son sentiment d’anéantissement. Il n’était plus ni époux, ni père, pas plus qu’empereur. Le sage écoutait paroles et silences.

Vint le moment où le sage lui dit : « Que vas-tu faire, à présent ? » L’empereur mit du temps à entendre la question, car que pouvait-il bien faire ? Le sage l’invita à se mettre à reconstruire, à accepter que les choses soient, car « tu ne peux changer ce qui est », lui dit le sage, « mais à partir de ce qui est à présent, tu peux reconstruire, et si tu ne reconstruis pas, tu fuis devant l’une des missions de ta vie.»

L’empereur questionna encore le sage : « Mais pourquoi tout cela ? A quoi tout cela rime-t-il ? Qu’est-ce que j’ai fait pour mériter cela ? » Le sage soupira et lui répondit fermement : « Qu’as-tu besoin de savoir ? Cela ne t’aidera pas à reconstruire. La seule chose que tu aies besoin de savoir est que la situation dans laquelle tu te trouves est la situation qu’il te faut vivre. Aussi longtemps que tu te demanderas pourquoi cela est arrivé, aussi longtemps que tu seras en train de pleurer sur ta souffrance, tu ne reconstruiras pas. Tu es là, parce que tu es là, et tu peux utiliser la situation le mieux possible. »

Sans intervenir davantage, le sage se sépara de lui.

L’empereur dit alors sa révolte au ciel et à la terre, comme pour leur livrer la violence qu’ils lui avaient décochée au cœur de cette nuit.

Puis, les cadavres furent mis en terre, et au bout de quelques temps, l’empereur et ses quelques rares sujets se mirent à séparer les pierres réutilisables des gravats… D’autres en taillèrent et tous se mirent à rebâtir, à reconstruire d’après de nouveaux plans.

Et après ce temps, vint un autre temps. Temps de vie où fleurs et oiseaux, amour et tendresse, échanges et silences retrouvèrent leurs places.

Histoire extraite du livre "Par amour par rapport à nous-mêmes et par rapport à nos enfant -2-

 

« Dans un village vivait une femme qui disait rencontrer Dieu en songe toutes les nuits du vendredi au samedi. Tous autour d’elle étaient dubitatifs et au premier chef, le curé du village. Un jour celui-ci eut une idée  pour vérifier les dire de la femme.  Il demanda dans sa prière que Dieu  révèle à la femme une erreur qu’il avait, lui le curé commise dans sa vie. Le samedi suivant, il rencontra la femme et lui demanda si elle rencontrait toujours  Dieu en songe. Elle confirma, et lui dit : «  Dieu m’a dit de te dire que lui ne fait pas comme toi : il ne se souvient d’aucune  erreurs et retient   ce que chacun fait de bien. »  jmg

 

 

Extrait du symbolisme du conte «  La princesse et la grenouille »

« La grenouille est un des aspects de la princesse, un aspect qu’elle ne veut pas voir, auquel elle ne veut pas toucher. Cette grenouille est comme ces choses en nous  dont nous  savons pertinemment qu’elles ne vont pas  et que pourtant nous ne réglons pas.  Le conte nous montre que tant que nous n’avons pas réglé le problème, il va nous poursuivre. Le régler veut dire mettre les mains dans le cambouis,  et non nous dire qu’avec le temps cela va s’arranger . Oui souvenons-nous que la princesse a fui la grenouille, ce qui n’a pas empêché cette dernière de finir par la rattraper : oui, les choses non réglées nous rattrapent et elles ne se lassent pas.

 Ce conte nous révèle un autre aspect de nous – même : le roi, ou plus précisément notre royauté intérieure. Tout être a une dimension royale. Elle est  cette part de nous qui sait nous gouverner pour peu que nous l’écoutions.  Elle est la voix de la conscience qui est  en chacun et  qui nous incite  à la justesse et au respect des lois ontologiques de la vie ; c’est elle qui tente de nous maintenir sur le chemin de notre centre ; c’est elle qui intervient en nous lorsque nous empruntons des chemins de traverse qui nous conduisent vers de grouillants marécages.... » 

jacqueline-marie ganter